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IMAD

Humanitaire

Humanitaire, vivant avec le traumatisme psychologique de 22 années passées à sauver des vies civiles à Gaza.

Imad a 60 ans et est originaire de la ville de Gaza. Avant de travailler dans le domaine des situations d’urgence, il était enseignant spécialisé auprès d’enfants présentant des handicaps physiques, auditifs et d’apprentissage. Lorsqu’il a eu l’occasion de rejoindre l’une des organisations humanitaires les plus connues au monde, il a saisi cette chance et a passé 22 ans au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en tant que responsable de la protection sur le terrain, au service de sa propre communauté dans sa propre ville. Il a démissionné quelques mois seulement avant la dernière guerre, épuisé par les répercussions de son travail sur sa santé mentale.

« L'humanitaire découle du fait que nous sommes humains. Si nous ne respectons pas nos principes humains, nous retournons à l'âge de pierre. »

Demandez à Imad qui il est en dehors de son travail, et il se décrit comme quelqu’un de sensible, d’émotif, facilement ému, à tel point qu’il qualifie cela de faiblesse, car il porte la souffrance des autres comme s’il s’agissait de la sienne. Il adore les enfants. Le temps passé avec ses petits-enfants, dit-il, est le moteur de sa vie. Il est drôle, sociable et adore passer du bon temps avec ses amis.

En tant qu’agent de terrain, Imad surveillait l’impact des combats 24 heures sur 24, tous les jours de l’année. Il consignait les violations, s’entretenait avec des familles qui avaient perdu leurs enfants, leurs maisons, tout ce qu’elles possédaient, et se rendait sur les lieux pour consigner ce qui s’était passé. Il apportait de la nourriture et de l’eau aux personnes prises au piège au cœur des combats, et escortait les ambulances et les équipes de secours à travers les zones de combat pour atteindre les blessés. La plupart des gens mettent leur téléphone en mode silencieux la nuit. Lui faisait le contraire : il dormait avec son téléphone allumé et ses cartes à portée de main, car un appel pour une évacuation vitale pouvait survenir à toute heure. Même au restaurant ou à la plage, il emportait ses moyens de communication partout avec lui.

Cela avait un coût personnel. Nuit après nuit, il était loin de sa propre famille, sauvant celle des autres, tandis que des bombes tombaient près de ses enfants et qu’il ne pouvait pas être sûr qu’ils étaient en sécurité. Il ramenait chez lui le chagrin de chaque famille et ne pouvait le partager avec personne.

Il a continué à le faire parce qu’il comprenait ce qu’était son travail. Un humanitaire ne peut pas rendre à une famille en deuil ce qu’elle a perdu, et Imad n’a jamais prétendu le contraire. Ce qu’il pouvait leur offrir, c’était la certitude qu’ils n’étaient pas oubliés, que quelqu’un se souciait sincèrement de leur perte, que quelqu’un partageait leur chagrin.

Certains cas ne le quittent jamais. Il a un jour documenté le cas d’un adolescent qui avait perdu la vue et ne savait pas encore que c’était définitif. La famille a demandé à Imad de lui garder espoir ; il s’est donc assis avec le garçon et lui a parlé de l’opération qui lui permettrait de recouvrer la vue, une opération qui n’aurait jamais lieu.

Des années plus tard, au cours d’une opération, il est parvenu dans un quartier isolé depuis plusieurs jours. Les rues étaient détruites, des corps gisaient là où ils étaient tombés. Dans un débarras situé sous un immeuble, il a découvert les restes de 21 personnes appartenant à une même famille élargie, qui s’étaient réfugiées ensemble lorsque un missile avait transpercé le toit. Parmi les victimes se trouvait un garçon d’une dizaine d’années qui était encore en vie la nuit précédente. Si l’accès leur avait été accordé un jour plus tôt, dit Imad, ils auraient pu le sauver.

Imad a vu les risques encourus par les humanitaires s’aggraver au fil de ses 22 années de carrière. Au cours de ses dix premières années, raconte-t-il, il se sentait comme un ange protecteur. L’emblème sur son gilet suffisait pour se déplacer partout, et la coordination nécessaire pour atteindre une famille piégée ou évacuer les blessés se mettait rapidement en place. Les blessés disposent d’un créneau crucial de dix à quinze minutes ; si on le rate, c’est une vie perdue. À cette époque, ce créneau était respecté.

À la fin de sa carrière, il attendait des jours, voire des semaines, pour obtenir l’autorisation d’évacuer les blessés, voyant les demandes s’accumuler sans que rien ne se passe.

« Au cours des dix premières années, j’avais l’impression d’être un ange protecteur. Le simple fait de porter l’emblème suffisait pour me déplacer partout. »]

Il est extrêmement préoccupé par la dégradation du respect du droit international humanitaire et par le recours excessif à la force dans les zones urbaines. Il n’est pas choqué par ce qui s’est passé à Gaza, dit-il, car il avait vu venir cette dégradation, et il estime qu’elle ne se limitera pas à Gaza. Lorsque des dirigeants peuvent annoncer publiquement qu’ils vont raser des infrastructures civiles et que le monde l’accepte comme une chose normale, se demande-t-il, à quoi ressemblera la prochaine décennie ?

Depuis qu’il s’est enfui en Égypte avec ses fils, leurs épouses et ses petits-enfants, Imad tente de se remettre d’une épreuve dont on ne se remet pas facilement. Pendant des mois à Gaza, raconte-t-il, ses enfants et lui ne se sont pas sentis en sécurité une seule seconde. Il y a eu des moments où il a songé à mettre fin à ses jours. Il en parle ouvertement aujourd’hui, ce que peu de travailleurs humanitaires osent faire.

Il est plus en sécurité aujourd’hui, mais il ne parvient toujours pas à dormir correctement et reste en proie à l’angoisse. Il ne regarde que quelques minutes d’actualités par jour, se promène dans les espaces verts, écoute de la musique et s’est fait une promesse : prendre enfin soin de lui-même, après avoir passé toute sa vie à s’occuper de tout le monde.

Imad est convaincu des atouts uniques que représentent les équipes locales. Elles comprennent le contexte, la culture et l’histoire du conflit. Lorsqu’un nouveau délégué international arrivait, souvent pour la première fois dans la région, c’était Imad qui lui expliquait comment les choses fonctionnaient, comment saluer les gens, ce que la communauté acceptait ou refusait, et ce qui avait changé au cours des dernières années.

Selon lui, le personnel national détient une mémoire vivante de l’histoire du conflit ; il connaît la culture, ce qui est accepté et ce qui ne l’est pas, les codes vestimentaires, la langue, et bien plus encore.

Cette proximité comporte ses propres dangers. Travailler au sein de sa propre communauté signifie consigner les préjudices causés par des personnes que l’on connaît peut-être, tout en restant neutre alors que toutes les parties observent pour voir de quel côté on se range. Cela signifie faire face à des familles qui vous reprochent directement un refus d’accès ou l’échec d’une opération de sauvetage, et encaisser cette colère en personne. Les intervenants locaux comme Imad bénéficient de la confiance qui rend ce travail possible, et ils assument les risques liés au fait d’être connus localement.

Imad estime que la première protection d’un humanitaire devrait venir de sa propre organisation, d’une direction qui traite le personnel comme des personnes plutôt que comme des machines destinées à remplir un rapport et à documenter le cas suivant. Le soutien en matière de santé mentale, lorsqu’il lui a enfin été proposé, est arrivé trop tard.

Ce qui l’a réellement touché était d’ordre plus personnel. Certains responsables ont accordé une grande attention à son bien-être, lui exprimant leur solidarité et leur empathie. D’anciens collègues internationaux, dont certains qu’il avait côtoyés il y a vingt ans, ont pris de ses nouvelles comme s’ils faisaient partie de sa famille. L’un d’entre eux, un ancien chef de la mission locale, s’est rendu au Caire avec ses propres enfants simplement pour passer quelques jours à ses côtés.

Lorsqu’on lui demande ce dont les travailleurs humanitaires ont besoin pour être protégés, Imad répond en deux mots : responsabilité et respect. Non pas de la part des organisations humanitaires, qui ne peuvent pas les faire respecter, mais de la part de la communauté internationale, dont le rôle est de demander des comptes à ceux qui bafouent le droit international humanitaire. À tous ceux qui ont le pouvoir de changer cela, son message est sans détour : « Réveillez-vous. Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? Retrouvez votre humanité. Ne fermez pas les yeux, car cela pourrait vous arriver aussi. »

Il appelle le secteur humanitaire à faire entendre sa voix haut et fort chaque fois qu’un humanitaire est pris pour cible, afin que les gens puissent voir qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais d’une partie d’attaques coordonnées contre les humanitaires. Et il exhorte l’Europe à en faire davantage, à retrouver sa position et à reprendre son rôle de chef de file dans la défense des principes humanitaires.

Au final, Imad résume tout cela en quatre mots à l’intention des personnes qui croisent son regard dans la rue et lisent son histoire : « Si vous êtes humain, aidez l’humanité. »

Comment Protect Humanitarians soutient Imad

Protect Humanitarians se tient aux côtés d’Imad au sein de notre réseau de survivants, aux côtés des travailleurs humanitaires et des familles victimes d’attaques, de détentions et de persécutions à travers le monde.

Votre don offre un accompagnement psychologique, une assistance juridique et un plaidoyer pour la libération des humanitaires détenus.

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