Skip to content
Faire un don
CHRISTIAN

Make humanity shine.

Faites un don pour soutenir les humanitaires pris pour cible

CHRISTIAN

Humanitaire

A survécu à une prise d’otages dans l’est de la RDC. Traverse encore les lignes de front pour acheminer une aide vitale.

Christian Aganze est impliqué dans la coordination de l'accès et de la réponse humanitaire dans l'est de la République démocratique du Congo, depuis la ville de Bukavu, au Sud-Kivu. Il est humanitaire depuis une dizaine d'années, toutes passées dans l'un des contextes les plus fragiles au monde. La crise en RDC dure depuis plus de trois décennies, plus longtemps que la vie de beaucoup de ceux qui la traversent.

Enfant, Christian a lui-même été déplacé à l'intérieur de son propre pays. Il a passé plus de deux jours dehors, à découvert, avec sa grand-mère, qui tenait un morceau de bâche au-dessus de sa tête quand il pleuvait, parce qu'il n'y avait aucun abri pour eux. Le troisième jour, elle a décidé qu'ils rentreraient chez eux. S'ils devaient mourir, a-t-elle dit, autant mourir là-bas plutôt qu'ici, exposés aux intempéries. Aucune aide ne leur est parvenue. À l'époque, Christian a supposé que c'était simplement parce qu'il n'y avait pas assez d'humanitaires. Ce n'est que plus tard qu'il a compris tout ce qui peut empêcher une réponse d'arriver.

« Je ne veux pas que d'autres vivent ce que j'ai vécu il y a plus de trente ans. Chaque matin, en me levant, je me dis que je vais encore contribuer à soulager la souffrance d'une personne. »

En dehors de son travail, il est avant tout un père de famille, avec une épouse et quatre enfants. Il consacre aussi son temps libre à s'occuper d'enfants en situation de rupture familiale.

Le métier de Christian, c'est l'accès humanitaire. Il négocie avec toutes les parties pour que l'aide puisse atteindre celles et ceux qui en ont besoin, et il analyse où les besoins sont les plus grands, car avec les financements d'aujourd'hui, personne ne peut atteindre tout le monde. Concrètement, cela veut dire qu'il est souvent dans le premier véhicule. Lorsque d'autres organisations identifient un axe qu'elles souhaitent emprunter, Christian fait partie de l'équipe qui part en éclaireur pour l'explorer et pour discuter avec tous ceux qui en contrôlent une portion, afin que l'aide puisse passer et que les personnes qui la reçoivent ne soient pas mises en danger pour l'avoir reçue.
Les risques ont augmenté à chaque évolution du conflit. Les affrontements entre groupes armés se sont intensifiés. Les routes se sont dégradées, au point qu'il lui est arrivé de passer la nuit dans un véhicule faute de pouvoir atteindre sa destination. Et parce qu'il circule entre des territoires tenus par des camps différents, il est suspecté par tous. D'un côté, on se demande s'il transporte des informations sur leurs positions. De l'autre, des communautés se demandent comment il a bien pu arriver jusque-là sans s'être arrangé avec le camp adverse.

Au cours de sa carrière humanitaire, il a été pris en otage une fois, en 2017, et a été libéré au terme d'une journée longue et éprouvante, en partie parce qu'il partageait une langue locale avec certains de ses ravisseurs. Mais le souvenir qui lui revient le plus souvent n'est pas le sien. En 2018, il supervisait une équipe lorsque deux de ses collègues, tous deux ingénieurs, ont été tués par des hommes armés après une journée passée à repérer les sites d'un projet d'adduction d'eau. Ce réseau devait alimenter plus de 58 000 personnes.

« Je me souviens toujours de ces collègues si dévoués, qui ont perdu la vie parce qu'ils voulaient donner de l'eau à plus de 58 000 personnes. »

Lorsque Bukavu elle-même est tombée en 2025, Christian est resté. La ville était déjà pleine de personnes ayant fui les zones environnantes, et elles ne pouvaient désormais plus poursuivre leur route, car la seule issue traversait un territoire saturé d'hommes armés. Il faisait partie de la petite équipe restée sur place, et il a été parmi les premiers à organiser les évaluations des besoins, onze jours après la prise de la ville, alors que les restes explosifs des combats jonchaient encore les rues. Celles et ceux qui menaient ce travail venaient eux-mêmes de passer plusieurs jours terrés chez eux. Certains avaient perdu des proches. Certains avaient perdu toutes leurs économies.
Sa famille vit tout cela avec lui. Dire au revoir à une épouse et à quatre enfants avant de franchir une ligne de front a un lourd coût psychologique pour tout le monde. Lorsqu'il se rend dans des zones sans couverture téléphonique et que sa famille reste douze ou vingt-quatre heures sans nouvelles, elle en est réduite à imaginer pourquoi. Et parce que ses voisins le connaissent d'abord comme un père de famille et seulement ensuite comme un humanitaire, être vu en train de parler aux mauvaises personnes peut le suivre jusque chez lui.
Être membre du personnel local a ses avantages mais, explique Christian, cela peut aussi comporter davantage de risques. Dans beaucoup de contextes, ce sont eux qui vont en première ligne, parce qu'ils connaissent le terrain. Être originaire du lieu est ce qui les rend efficaces, mais c'est aussi ce qui les expose. Un humanitaire local ne cesse jamais d'être membre de la communauté qu'il sert. Le travail ne s'arrête pas à la porte du bureau, il traverse sa vie quotidienne, et chacune de ses interactions peut être interprétée par des gens qui le connaissent. Quand une communauté ne parvient pas à distinguer les intérêts que sert un humanitaire, la méfiance s'installe, et dans un contexte aussi fragile que celui-ci, la moindre méfiance peut être dangereuse.
Ce qu'il attend du secteur, c'est que l'accès humanitaire et l'acceptation communautaire cessent d'être traités comme des questions à régler plus tard. Ils doivent figurer dans la planification dès le premier jour, car c'est de là que viennent les incidents. Et dans un contexte qui évolue au quotidien, souligne-t-il, une décision prise sur la base de l'analyse de la veille constitue en soi un risque.

« Nous savons que de bonnes analyses de risques devraient vraiment être faites régulièrement, pour réduire les incidents qui touchent directement les acteurs humanitaires. »

Son message aux dirigeants est clair : les humanitaires ne sont pas une cible et ils ont besoin de protection. Cette protection, affirme-t-il, devrait être financée comme partie intégrante de la réponse, et non traitée comme un supplément, car on ne peut pas sauver des vies si l'on n'est pas en vie. Si celui ou celle qui part sauver une vie y perd la sienne, personne ne le ou la suivra.
Et aux parties au conflit, comme aux communautés qui regardent le secteur avec méfiance, il rappelle que les humanitaires ne sont pas là pour alimenter un conflit. Ils sont là pour soulager la souffrance des populations prises au piège. Chacun d'eux, dit-il, a un rôle à jouer dans la protection de ces personnes qui renoncent à leurs propres intérêts et quittent leur confort pour aller vers ceux qui sont dans le besoin.

« On ne peut pas sauver des vies si l'on n'est pas en vie. »

Il croit qu'un jour viendra où le cycle de la violence dans son pays s'arrêtera enfin, et où l'on ne parlera plus de la prochaine crise ou du prochain conflit, mais de résilience communautaire et de développement.
À quiconque veut faire ce métier, il dirait de se lancer et lui montrerait qu'il y a de la place pour aider. Mais il faut d'abord examiner ses motivations. Celui qui s'imagine que c'est un métier confortable ne s'est jamais assis par terre pour négocier avec un enfant de onze ans armé.

« Avant de prendre cette décision, il faut réfléchir à ce que vous êtes capable d'abandonner pour embrasser ce secteur. »

Ce que Christian veut faire comprendre à celles et ceux qui verront son portrait ou liront son histoire, c'est ce qui se trouve derrière chaque vie soulagée. Des millions de Congolais vivent dans des situations de vulnérabilité causées par les déplacements, chassés de chez eux par les conflits armés. Et il y a des gens qui vont vers eux, jour après jour. Sans ces gens-là, dit-il, le pays connaîtrait des catastrophes, perdrait des milliers de personnes chaque jour. Alors quand vous regardez un humanitaire, comprenez qu'il s'agit de quelqu'un qui a accepté d'aller là où d'autres ne vont pas. Quelqu'un comme vous, qui a accepté de donner une part de sa vie aux autres, et qui mérite d'être bien traité.

« Derrière chaque vie soulagée, il y a quelqu'un qui a accepté de quitter sa zone de confort pour aller vers des personnes dans le besoin. »

Comment Protect Humanitarians soutient Christian

Protect Humanitarians se tient aux côtés de Christian au sein de notre réseau de survivants, aux côtés des humanitaires et des familles touchés par des attaques, des détentions et des persécutions partout dans le monde.

Images : © Gloire Chibinda/Protect Humanitarians

Votre don offre un accompagnement psychologique, une assistance juridique et un plaidoyer pour la libération des humanitaires détenus.

Autres histoires

Toutes les histoires

Avec le soutien de