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RAQUEL
Membre de la famille
Cousine d’un humanitaire enlevé et emprisonné injustement pendant 681 jours en République centrafricaine alors qu’il œuvrait à réduire la pauvreté.
Raquel Figueira est la cousine de Joseph Figueira Martin, humanitaire belgo-portugais détenu à l'étranger pendant 681 jours, aujourd'hui libéré. Elle n'est pas, de son propre aveu, quelqu'un qui parle d'elle-même ni qui se met en avant. Si elle est là, c'est par nécessité : hier pour ramener Joseph le plus vite possible, aujourd'hui pour toutes les autres familles qui mènent le même combat, afin qu'elles sachent que quelqu'un a déjà emprunté ce chemin avant elles et s'en est sorti.
« Si mon témoignage peut apporter un peu de force, un peu d'espoir, ou même une lueur au bout du tunnel, je pense que c'est nécessaire. »
Son cousin, dit-elle, est une très belle personne, avec un cœur trop grand, quelqu'un capable de donner aux autres tout ce qu'il a, même quand il a peu, quelqu'un qui aidera son prochain, qu'il s'agisse d'un ami, d'un membre de la famille ou d'un inconnu. Enfant, il voulait être vétérinaire, parce qu'il aime les animaux. Il a finalement étudié les sciences politiques, a fait un stage puis travaillé à l'International Crisis Group, et a consacré des années de sa vie à l'analyse, aux rapports et au travail de terrain pour différentes ONG. Il n'est pas du genre à parler de ce qu'il fait. Une grande partie de ce que Raquel sait de son travail, elle ne l'a découverte qu'après son enlèvement, lorsque la famille a repris son CV et contacté ses collègues pour mesurer l'ampleur de sa carrière humanitaire et la manière dont il avait consacré sa vie à aider les autres.
La famille savait toujours quand Joseph partait en mission, et à quelle date il devait rentrer. Puis les messages sont arrivés, tous en même temps, disant qu'il avait été enlevé. Raquel se souvient d'avoir eu besoin de s'asseoir et de poser les deux pieds par terre. Elle a téléphoné à Georges, le frère de Joseph, qui lui a dit qu'il avait été intercepté, mais qu'on ignorait par qui, et où il se trouvait.
« J'ai été bombardée de messages, tout d'un coup, qui disaient que Joseph avait été enlevé. J'étais sous le choc total. »
À partir de ce coup de téléphone, le combat a commencé. Raquel et Georges ont passé trois jours et trois nuits à essayer de comprendre ce qui s'était passé, puis ont commencé à appeler les administrations et à mobiliser tous ceux qu'ils pouvaient joindre. Ont suivi des mois d'efforts jour et nuit, tous les deux en tandem depuis deux pays, Raquel en Belgique et Georges au Portugal. Ils se répartissaient les tâches, tenaient des dossiers, consignaient chaque contact, se faisaient des comptes rendus comme des collègues. Tout le reste de la vie passait bien après. En haut de la liste des priorités, il y avait Joseph.
Ils avaient d'abord cru à une erreur, à un malentendu qui se dissiperait. Lorsqu'ils ont compris que les accusations portées contre lui étaient construites de toutes pièces, et qu'il faisait l'objet d'une désinformation implacable, prendre la parole publiquement est devenu une nécessité plutôt qu'un choix. Ils ont pris le temps d'expliquer son cas à chacune des personnes contactées, ont produit rapport après rapport, et ont noué des liens avec tous ceux qui acceptaient de porter sa cause : ministères, parlementaires nationaux et européens, et des collègues qui ont immédiatement reconnu dans ces accusations un tissu de mensonges.
Raquel est catégorique : ce n'est pas une seule chose qui a fait libérer Joseph. C'est la combinaison de tout, une audition au Parlement européen, deux résolutions adoptées presque à l'unanimité, ce qui, elle l'a appris plus tard, est rare pour un même dossier, et l'investissement d'un très grand nombre de personnes. Les conseils qu'elle donne aujourd'hui aux familles engagées dans ce combat viennent de là. Garder espoir. Ne jamais couper le lien avec ceux qui peuvent aider, même lorsqu'ils exaspèrent, parce que les gouvernements sont là pour aider et qu'ils ont besoin que la famille leur en donne les moyens. Frapper à toutes les portes, et continuer à frapper.
Le moment où elle a appris que Joseph était dans l'avion du retour a été, dit-elle, une joie extrême, la sensation d'être sur un petit nuage. Il est allé directement chez sa mère, dont la santé s'était dégradée après sa disparition et qui, fin 2025, était entrée en soins palliatifs. Sa libération, dit Raquel, lui a donné un regain de force indéniable.
Il y a un avant et un après, et Raquel ne prétend pas le contraire. La famille éprouve un immense soulagement, mais ces deux années laissent des cicatrices, et il faut du temps pour qu'elles guérissent. Pendant ces deux ans, Joseph a vécu sa vie là-bas pendant que la famille vivait la sienne ici, chacun évoluant de son côté. Une partie du retour a consisté à raccorder les deux trajectoires, en le laissant partager ce qu'il veut, quand il le veut. Il est parti alors que son fils avait un mois. Il est revenu auprès d'un petit garçon de deux ans qui courait dans tous les sens.
« Il y a un avant et un après. On ne peut pas revenir à ce que c'était. Cela laisse des cicatrices, et ensuite il faut laisser au temps le temps. »
Interrogée sur ce qu'elle dirait à ceux qui ont le pouvoir de protéger les humanitaires, Raquel reprend la comparaison avec le diplomate, protégé par l'immunité dès qu'il pose le pied sur un sol étranger. Elle ne mettra pas les deux sur le même plan, mais lorsque quelqu'un décide de consacrer sa vie à ce travail, dit-elle, il est normal qu'on le protège. Sans cette protection, il y aura de moins en moins de personnes prêtes à le faire, et les causes qui en dépendent, la défense des femmes, des enfants, les soins aux personnes en situation de crise, n'auront plus personne pour les porter.
Quand on lui demande ce qu'elle veut que les gens voient ou ressentent en croisant le visage de Joseph dans la rue, elle explique que nous devons tous prendre conscience que cela n'arrive pas qu'aux autres. « Joseph est mon cousin, mais il est le cousin de tout le monde. Il pourrait être le fils, le père. Personne n'est à l'abri. »
Elle n'a pas voulu conclure sur elle-même, ni même sur Joseph. Ayant le dernier mot, elle a choisi de le tourner vers l'extérieur, vers les humanitaires encore dispersés à travers la planète, dans des pays en guerre et dans des pays parmi les plus difficiles d'accès. On ne les remercie pas assez, dit-elle. On ne les honore pas assez, et l'on ne mesure pas jusqu'où ils vont, jour après jour, pour continuer à aider les autres.
« La meilleure façon de conclure, c'est de remercier tous les humanitaires, où qu'ils soient. De leur dire merci. »
Comment Protect Humanitarians soutient Raquel et sa famille
Protect Humanitarians a soutenu Raquel et sa famille pendant la détention de Joseph et se tient à leurs côtés aujourd'hui au sein de notre réseau de survivants, aux côtés des humanitaires et des familles touchés par des attaques, des détentions et des persécutions partout dans le monde.
Images : © Colin Delfosse/Protect Humanitarians
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