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AFFET

Membre de la famille

Sœur d’une humanitaire actuellement détenue en Tunisie, condamnée à 8 ans de prison pour avoir défendu des migrants et lutté contre le racisme.

Affet Mosbah est franco-tunisienne, ancienne directrice de la communication à Paris. Elle est la sœur de Saâdia Mosbah, militante antiraciste détenue en Tunisie depuis mai 2024 et condamnée à huit ans de prison pour avoir défendu des migrants et lutté contre le racisme.

En 2004, Affet a rédigé le premier article sur ce qu’est « être Noire en Tunisie » - un racisme ordinaire subi par les Noirs tunisiens - avant de prendre du recul et de voir sa sœur reprendre le flambeau et en faire l'œuvre de sa vie. L'arrestation de Saâdia en 2024 a ramené Affet vers cette cause. Cette arrestation, et le combat pour faire libérer sa sœur, ont changé la vie d'Affet, car, comme elle l'explique, un détenu c'est toute une famille qui se retrouve « en garde à vue ».

Sa sœur, dit-elle, est une perle, pleine de vie, courageuse aussi bien physiquement ; elle n'a jamais pu supporter une injustice sans se dresser contre elle. Saâdia a fondé l'association Mnemty, « mon rêve », en référence à Martin Luther King. Son rêve d'une Tunisie où citoyens noirs et blancs seraient égaux. Elle s'est battue pour faire adopter une loi historique contre la discrimination raciale, la première du genre dans la région et dans le monde Arabe. Et puis, dans l'un de ces paradoxes sur lesquels Affet revient sans cesse, la femme qui s'était tant battue pour faire passer cette loi s'est retrouvée en prison.

« Mnemty signifie "mon rêve". Ce rêve s'est transformé en cauchemar. »

Affet était au téléphone avec Saâdia le matin même où tout a commencé. Les comptes de sa sœur avaient été piratés et elle recevait des centaines de messages hostiles. Affet lui a conseillé de les apporter à la police. Saâdia y est allée. La police lui a dit qu'elle viendrait l'aider. Elle est venue, mais c'était pour la chercher. Son fils était rassuré car « ce n'est rien, quelques questions, et elle rentrera dans deux ou trois heures ». Saâdia entame aujourd'hui sa troisième année de détention.

Au début, la famille a pensé à une erreur qui se dissiperait. Elle ne s'est jamais dissipée. Saâdia a été maintenue en détention provisoire pendant un an et demi, dans des conditions qu'Affet décrit comme inhumaines, au fil de procédures qui, selon elle, ont été délibérément prolongées. Un temps, la famille s'est raccrochée au droit, notamment à une disposition prévoyant qu'une personne doit être libérée au bout de quatorze mois si le juge d'instruction n'a rien établi. Ce droit-là, dit Affet, ne tient plus. Saâdia a finalement été condamnée à huit ans de prison, une peine confirmée en appel.

En apprenant cette condamnation, Affet l'a ressentie physiquement, comme si le sang se retirait de son corps. Comme Saâdia n'est jamais informée de ses propres condamnations en temps réel par une voie officielle, c'est à la famille qu'il revient de lui apporter la nouvelle, lors d'une visite hebdomadaire de dix minutes, par téléphone, à travers une vitre, enregistrée et surveillée. Malgré cela et depuis le début, Saâdia s'est obstinée à protéger tous les autres membres de son association, répétant devant le tribunal qu'elle était seule responsable et qu'il fallait les laisser tranquilles.

Affet décrit une vie rétrécie au rythme de sa sœur. Que mange-t-elle ? Que peut-on lui envoyer ? Quels livres sont autorisés, lesquels sont refusés ? La famille vit surveillée, prudente, pèse ses mots. Et l'épreuve a coûté à Affet de manière plus pernicieuse aussi. L’épreuve n’a pas raffermi les liens familiaux, et Affet a perdu beaucoup d'amis, dont certains, par peur, ont simplement disparu. Ce qui les a remplacés, avec le temps, c'est un soutien qu'elle n'attendait pas, venu d'organisations qui l'ont convaincue de rendre le combat visible, parce qu'une cause que l'on ne voit pas, c'est un détenu que l'on oublie.

Affet demande avant tout, de ne pas se taire, car le silence fait qu'un détenu est oublié, réduit à un numéro, à une bouche à nourrir, effacé, gommé de l’espace civil. La seule défense contre cela est de continuer à parler, de garder la personne visible, de rendre la parole qui lui est injustement retirée.

À ceux qui ont le pouvoir d'agir, son message n'est pas une demande d'aide mais un avertissement : réveillez-vous. Le combat de Saâdia, dit-elle, est universel. Ne dites pas à la famille « nous vous soutenons » tout en tirant profit des pactes migratoires que vous avez signés. Réunissez autour de la table les pays concernés par les migrations, y compris les États d'où viennent de nombreux migrants, pour affronter le problème. Elle insiste : sous-traiter le problème, c'est détourner le regard du crime, le faire porter par d'autres et criminaliser la solidarité.

Quand on lui demande ce qu'elle voudrait qu'un passant ressente en croisant l'un de ces visages dans la rue, celui de Saâdia ou le sien, Affet imagine traverser l'image elle-même pour tendre la main à celui qui regarde, le faire rentrer dans l’affiche, et ce faisant, le rendre responsable de l’humanité ; laquelle est un bien unique, précieux, partagé : nul n’est humain sans l’autre et nos visages sont en miroir. Ce qu'elle demande de protéger, ce n'est pas seulement Saâdia, ni elle-même, mais l'humain lui-même. Celui qui s’affiche et celui qui établit un dialogue avec lui à travers le regard sont pour une fraction de secondes une part de la condition humaine. Tous deux sont à préserver absolument. Sans cela, nous ne sommes que des fantômes.

Saadia Mosbah
Saadia Mosbah

Comment Protect Humanitarians soutient Affet et sa famille

Protect Humanitarians se tient aux côtés d'Affet et de sa famille pendant la détention de Saâdia, et milite pour sa libération. Vous pouvez en savoir plus sur son cas et agir pour exiger sa libération immédiate en signant la pétition ici.

Images : © Tom Serrano/Protect Humanitarians

Votre don offre un accompagnement psychologique, une assistance juridique et un plaidoyer pour la libération des humanitaires détenus.

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